Etre hypersensible dans une famille noire

« C’est comme un arc-en-ciel, la plupart des personnes peuvent voir sept couleurs, toi tu as le pouvoir d’en voir infiniment plus » P.


J’ai longtemps mal vécu ce trait de caractère, car aussi longtemps que je me souvienne, on m’a toujours catalogué, j’ai toujours été «trop». Trop sensible, trop chochotte, trop peureuse, trop susceptible et j’en passe.

Parce que dans les familles noires on nous apprend à être fortes. «Nous on est forts, nous on ne pleure pas trop, nous on a les nerfs solides.»

Et quand tu sors de ce cadre, on te laisse croire que tu es faible et que tu te feras bouffer dans la vie.


Donc j’ai appris à prendre sur moi et à l’âge de 20 ans, épuisée par ces remarques incessantes, j’ai jugé bon de prendre la décision de ne plus pleurer, pour enfin montrer au monde, que moi aussi j’étais forte. Moi qui pleurais tous les jours pour évacuer, sans le savoir, ma fatigue et mon trop plein d’émotions, je suis devenue un mur, une sorte de petit robot qui s’est murée dans le silence. Des années à me déconnecter de moi-même pour entrer dans le moule. Un moule qui n’était pas le mien.



Jusqu’au jour de mes 30 ans, où j’ai implosé. Je me suis retrouvée en bas de l’immeuble où je travaillais, secouée de spasmes et de pleurs incontrôlables. Mais étant tellement bien conditionnée depuis toutes ces années, j’ai pris de grandes inspirations, j’ai séché mes larmes et je suis retournée travailler. Burn out they said.


Par la suite, et après avis médical, j’ai commencé à me pencher sur la question et j’ai cherché à comprendre pourquoi. Pourquoi je me sentais aussi différente des autres? Pourquoi je réagissais autrement? Pourquoi je ressentais les choses aussi intensément?

C’est le travail de toute une vie, car, à mon sens, on ne finit jamais d’apprendre. Heureusement, la notion d’hypersensibilité s’est démocratisée ces dernières années, et même dans les familles noires.


Je pense, j’espère, que cela évitera à d’autres jeunes filles, les écueils par lesquels j’ai pu passer étant plus jeune.

Ce sentiment d’impuissance, d’incompréhension, de solitude parfois.

Et sur le chemin, j’ai rencontré de nombreuses personnes, bienveillantes, professionnels de santé ou non, qui m’ont appris d’abord à accepter, puis à aimer ce don qui fait de nous, des personnes si spéciales.


A toi qui me lis, jeune ou moins jeune, et qui te reconnaît dans mon discours, ne doute pas. Tu es différente mais cela ne te rend pas moins MERVEILLEUSE et SPÉCIALE.

Le monde sera contre toi, le monde voudra te faire croire toute sorte de choses négatives à ton sujet mais n’oublie pas, tu as un super pouvoir, celui d’être incroyablement proche des autres au point de pouvoir ressentir sa peine et sa joie. Pleurer, être vulnérable, ne te rend pas faible, au contraire, c’est une force inouïe de pouvoir accepter et laisser autant d’émotions te traverser.


Protège ton énergie, c’est la chose la plus précieuse et celle qui t’aidera à garder le cap. Prends du temps pour toi, fais des choses que tu aimes, autant que possible.

Et si ton sac à dos est trop lourd à porter, si tu as besoin d’en parler ou de mieux te comprendre, il n’y a aucune honte à faire appel à un thérapeute ou autre professionnel de santé.


Quoi que l’on veuille nous faire croire, peu importe notre couleur, nous sommes tous des êtres humains, avec des sentiments et des émotions.

Je te souhaite de pouvoir regarder derrière toi un jour et de voir que toutes ces sensations désagréables et toutes ces mauvaises choses qu’on aura pu dire à ton sujet ne seront plus qu’un lointain souvenir.


Tu n’es pas seule, tu es ta meilleure amie.


Avec tout mon amour,


Auré

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